Le Roi à la croix
24 novembre 2019

Le Roi à la croix

Prédicateur:
Passage: Luc 23:33-43
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Texte biblique: Luc 23:33-43 | Prédicateur : Amos-Raphael NGOUA MOURI | Frères et sœurs, chers amis, en ce dimanche du Christ-Roi, curieusement l’évangile du jour est celui lu très souvent à la fin du carême ou le vendredi saint, alors que nous sommes à la fin de l’année ecclésiastique, dimanche prochain sera le premier dimanche de l’avent.

A la manière d’un téléspectateur, nous assistons à la mise à mort de trois personnes dans les années 30 de notre ère. Après un procès public, elles ont été condamnées à la peine capitale, à Jérusalem, sur la montagne au nom lugubre « Golgotha », nom que certaines traductions bibliques ont adouci en parlant du lieu du « crâne ».

Sur un plan large…..

– Trois personnes sont mises en croix. La croix était la peine commune la plus grave de l’époque, assez souvent prononcée, en tout cas beaucoup plus employée que ne le sait notre vision de la croix du Christ que nous pensons exceptionnelle et unique. Elle était la peine des esclaves, la peine la plus déshumanisante. Cette peine était tellement dégradante pour le supplicié et sa famille que parfois les familles changeaient de villes ou de village afin de fuir cette malédiction sociale.

 

– Jésus est en croix entre deux malfaiteurs anonymes. La foule silencieuse, tout un peuple de petites gens regarde. Elle ne sait que penser. Quand ces hommes ont comparu devant Pilate, le gouverneur romain, elle lui a demandé la grâce d’un certain Barrabas qui lui a été accordée. Maintenant elle se tait et pourtant dans d’autres évangiles, elle aussi se moque comme par exemple chez Matthieu où il est dit que « les passants l’injuriaient, et secouaient la tête » (Mt 27,39).

 

Sans doute, le délit affiché au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs », l’étonne. La foule entend même ses chefs, comme aussi des soldats romains, se moquer et insulter Jésus, le supplicié du milieu, sans s’occuper des deux autres. On l’a cloué pour qu’il ne puisse plus rien faire ; les autorités religieuses et politiques se sont renvoyées la balle et maintenant il se laisse clouer lui qui se déclarait être le messie, envoyé par Dieu pour libérer Israël de ses ennemis.

 

– Qui est donc cet homme innocent qui meurt sans révolte entre deux malfaiteurs notoires ? Les trois hommes sont immobilisés, ils n’ont plus que le regard et la parole, une parole dont chaque mot prend une importance et une densité absolue : ce sont les paroles dernières.

Jésus, lui, n’est pas désespéré, il n’est pas muet ; sa liberté intérieure est telle qu’il reste maître de la situation ; il la domine, il voit tout et saisit tout.

Quand il parle — il a parlé deux fois —, ce n’est pas pour répondre à l’insulte, à l’ironie ou à la haine. Il parle pour dire la grâce de Dieu, le pardon et l’amour du Royaume qui est le sien. Il dit ce que toute sa vie a proclamé.

 

– Sa première parole est une requête à Dieu, c’est une prière entre son Père et lui : « Père, pardonne-leur car ils ne savent ce qu’ils font ». Il s’agit bien des soldats romains, troupe d’occupation à qui on a ordonné d’exécuter à mort, sur le bois, trois hommes condamnés.

Mais au-delà des bourreaux, il s’agit aussi pardon accordé aux autres ; de ceux qui ont demandé et obtenu sa condamnation à mort. Les prêtres et les chefs du peuple croyaient servir l’honneur de Dieu. Ils ont rejeté Jésus comme imposteur car ils ne remplissaient pas leurs critères, peut-être parce qu’il n’était pas né à Jérusalem dans une grande famille de prêtre ou de souverain-sacrificateur.

Oui chers amis, cet homme de Galilée était très loin de leur compréhension messianique, oui il était très différent de leur « messie » annoncé par les prophètes.

 

Jésus, le juste condamné, demande au Père le pardon de ceux qui ne savent pas ce qu’ils font… C’est là sa première parole de Roi ; il veut épargner la colère de Dieu pour tous. Sa prière est de grâce, d’amour pour les ennemis ; lui, l’innocent, il prie pour tous les coupables et demande que la peine leur soit épargnée. Lui, la victime, a une parole aimante et est soucieux du sort de ceux le crucifient.

L’amour de Jésus pour les pécheurs, aussi fort dans la mort que durant sa vie et sa confiance inébranlable dans la capacité de pardonner de son père doit nous surprendre, car dans de telles situations d’injustice, nous sommes souvent prompts à vouloir nous venger.

En priant pour ses ennemis, Jésus en croix nous montre le summum de l’amour qui devrait dicter notre attitude individuelle et communautaire. « Priez les uns pour les autres » dira l’apôtre Jacques car Christ lui, intercède pour nous auprès son Père.

 

Sur un plan serré, on a comme l’impression que les crucifiés parlent entre eux…

On entend un des crucifiés dire à Jésus : « N’es-tu pas le Messie ? Eh bien, sauve-toi toi-même et nous avec ! ». La question est perfide. Aussi cruelle que lors de la tentation au désert. Si le Messie descendait, il montrerait sa puissance divine supérieure à celle des autorités romaines et de leur armée.

 

Renonçant à se sauver, Jésus se manifeste dans la faiblesse ; sa puissance n’est pas la réussite de la force, il est le Serviteur-Roi, dans l’amour et le pardon. Il ne répondra pas plus à cette suggestion intéressée qu’à la mise en demeure des soldats ou des prêtres. Il garde le silence.

 

– Le deuxième malfaiteur intervient et remet en place son collègue : « Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même condamnation ? Pour nous, c’est justice, car nous recevons ce qu’ont mérité nos crimes ; mais celui-ci n’a rien fait de mal. »

 

Puis il tourne le regard vers Jésus, le traitant bien comme le Roi : « Souviens-toi de moi quand tu viendras comme roi ». Il ne lui demande rien d’autre que de participer au Royaume de Dieu quand il viendra. Il s’adresse au Christ crucifié, lui qui est aussi un crucifié. Il lui fait totale confiance : Christ est Roi sur la croix, en tant que serviteur de Dieu.

 

Et il adresse une demande surprenante chez un condamné : « Souviens-toi de moi ». D’habitude, le souci premier d’un criminel est de passer inaperçu, qu’on oublie le délit et le casier judiciaire, n’oublions pas que les prisonniers se déclarent tous innocents. Cet homme avait toutes les raisons de souhaiter de se faire oublier.

 

Le malfaiteur est entré avec Jésus dans un tout autre monde qui est le royaume des grâciés, le royaume de l’amour : « Souviens-toi »…Israël, dans l’ancien Testament n’a jamais cessé de demander à Dieu de se souvenir de son alliance.

 

– Et voici la seconde parole du Christ en croix qui, comme la première, est parole de grâce ; une déclaration royale qui ne fait plus mystère de son identité.

Elle répond à la déclaration faite au roi par un de ses sujets, un citoyen qui est entré dans le programme : Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis.

Quel scandale que cette parole de Jésus ! A un grand coupable ou meurtrier, Jésus promet le paradis, lieu réservé aux seuls justes qui ont obéi à la loi, selon les juifs.

Scandale, pour nous aussi, car Jésus n’a même pas attendu qu’il soit baptisé ou confirmé pour lui accorder une place au paradis.

Scandale pour les calvinistes, car Jésus n’a pas respecté la doctrine de la double prédestination ; à un malfaiteur, certes, repentant, il accorde la destinée des justes, à savoir la vie éternelle.

 

Chers amis, ce brigand, avait compris que lorsqu’il ne reste plus rien, il y’a la croix du Christ.

Oui frères et Sœurs, ce brigand avait compris qu’il n’est jamais trop tard pour être sauvé.

Oui, il avait compris que la grâce de Christ efface notre passé, qui ne nous condamne plus, alors il va entrer par effraction dans le Royaume de Dieu.

 

A son audace, Jésus répond par Aujourd’hui…. il veut nous adresser la même réponse, et nous dire cet aujourd’hui qui efface tout notre passé et nous fait entrer en nouveauté de vie, une vie faite d’assurance, d’espérance et d’amour.

Frères et sœurs, chers amis, allons-nous oser choisir comme ce malfaiteur qui ne s’arrêta pas à la faiblesse relative, à la défaite apparente du Christ en croix ? Il fit le bon choix, celui de la victoire finale du Christ qui « s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix. C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus, tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. » (Phil 2,8-11)

 

Et si toute cette histoire, qui est celle d’un malfaiteur qui a commencé à bien faire après sa rencontre avec le Christ en croix, nous montre que contrairement au monde qui le rejette, Christ ne rejette personne.

Bien au contraire, Il entraine tous ceux qui se tournent sincèrement vers lui, dans un nouveau monde fait de pardon et d’amour. Le Fils de Dieu nous aime à en mourir… mais de cette mort nous avons la vraie vie quoique nous ayons fait, qui que nous soyons.

Amen

Amos, le 24 novembre 2019.

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