Jésus et/ou Emmanuel
22 décembre 2019

Jésus et/ou Emmanuel

Prédicateur:
Passage: Matthieu 1-18-25
Type De Service:

Texte biblique: Matthieu 1-18-25 | Prédicateur : Frédéric Bompaire | Nous le savons tous, nous le chantons à chaque Noël : « depuis plus de 4000 ans nous l’annonçaient les prophètes » : Jésus est venu accomplir la promesse de Dieu. Et pourtant dès avant sa naissance, nous relevons un différend sur le nom à donner à cet enfant tant attendu. Dans l’ancien testament, Esaïe indique que c’est la jeune parturiente qui l’appellera Emmanuel et Matthieu nous conte comment Joseph a reçu l’ordre de le nommer Jésus.

De quoi s’agit-il : d’une contradiction ? d’une réalisation incomplète de la prophétie ? ou d’une captation d’héritage ? C’est cette énigme qu’il nous faut résoudre ce matin ensemble afin de pouvoir dans 3 jours pleinement fêter Noël dans la joie.

Joseph l’appellera Jésus :

Jésus, Jeoshua, Josué…en hébreu, les voyelles n’apparaissent pas et c’est donc le même prénom prononcé différemment. Mais sa signification est sans équivoque, Jésus c’est le sauveur. L’ordre que reçoit Joseph a donc une double portée : donner un état civil à cet enfant et définir sa mission.

Joseph donne un prénom

Lorsqu’il va nommer son fils et par là, le reconnaître comme sien, Joseph a bien conscience que c’est essentiel pour que cet enfant et sa mère ne soient pas rejetés par la société. Pour lui, pourtant, cet enfant est une sorte de bâtard et il va taire ses doutes : on peut en effet penser que les explications que lui fournit l’ange ne sont pas totalement convaincantes. Aussi, il reçoit cette instruction comme un appel à faire une bonne action, pour éviter à Marie l’infamie d’être fille-mère. Certes, cette situation a perdu beaucoup de sa connotation ignominieuse au cours des dernières décennies, depuis que l’on considère une mère célibataire comme un type de famille monoparentale, pour reprendre le langage de la sociologie moderne. Mais, à l’époque, les mœurs étaient plus strictes. Ainsi Joseph accueille, aux yeux de tous, Jésus comme son fils en annonçant son prénom comme le veut la tradition sociale. Il accepte le nom de Jésus qui n’est pas rare, assez commun même, ce qui est un peu surprenant pour une situation aussi originale que la sienne.

Un prénom qui décrit une mission

Joseph va confirmer sa mission à son fils en l’appelant Jésus, c’est-à-dire, sauveur. Mais cette mission, ce n’est pas Joseph qui la décide, il aurait préféré avoir un futur charpentier auprès de lui, c’est Dieu qui l’a arrêtée. Jésus porte sur son nom sa mission divine, sauver les hommes. La signification des prénoms et leur influence sur le caractère des enfants est un sujet d’éternelle réflexion où les opinions divergent. Mon témoignage personnel, c’est qu’il ne suffit pas de s’appeler Frédéric pour être suffisamment « riche en paix », pour éviter toute colère ou se proposer comme pacificateur à toute occasion. Aussi peut-on penser que Joseph n’a pas conscience de sceller le sort de son fils en l’appelant sauveur. Ce choix, fait par Dieu et annoncé par l’ange, va en fait bien au-delà d’une simple vocation puisque le dessein de Dieu, c’est de faire de Jésus Le sauveur, le seul Sauveur. Il n’y a pas d’autre chemin de salut que Jésus, qui est notre seul défenseur auprès de Dieu, pour nous justifier au jour du jugement. L’intercession des saints n’est d’aucune utilité : Jésus est notre seul Sauveur et c’est pourquoi nous célébrons sa venue à Noël avec tant d’ardeur.

Marie l’appellera Emmanuel :

La citation d’Esaïe dans Matthieu est incomplète parce qu’elle utilise l’indéfini « on » là où le texte de l’ancien testament reprend « elle » pour désigner la jeune fille qui va appeler son fils Emmanuel. Chaque parent choisit son prénom. Au mari, la légalité de l’état civil et à la mère, la tendresse du petit nom ? Ce n’est pas aussi simple et il faut éclaircir le débat sur la virginité de Marie avant de parler du prénom qu’elle a choisi.

La vierge Marie

Ce qui est compliqué c’est que Marie est vierge à la naissance de Jésus. Théologiquement, c’est indispensable pour manifester la double nature de Jésus. C’est parce qu’il naît d’une femme que Jésus est totalement homme, sa vie a commencé comme la nôtre dans le ventre de sa mère. Mais Jésus est également totalement Dieu. Pour établir la nature divine de Jésus, il faut admettre que c’est Dieu qui l’a conçu. Et la meilleure façon d’affirmer que ce n’est pas un homme, la façon la plus simple à comprendre, c’est de montrer que Marie était vierge, pucelle et mère à la fois. On fait alors la distinction entre la naissance et la conception, le né et l’engendré. Si tel n’était pas le cas, Jésus serait un homme qui pourrait, au mieux, recevoir des pouvoirs divins ou parler au nom de Dieu selon l’inspiration qu’il recevrait. Mais il serait d’abord homme doté de pouvoirs divins et pas pleinement homme et pleinement Dieu. J’avoue que je ne sais pas très bien ce qui s’est passé techniquement pour que le Saint Esprit engrosse Marie, mais cela n’a aucune importance. Ce qui compte c’est notre nécessaire recours à la foi pour accepter ce qui nous dépasse mais dont nous comprenons la signification. Ce dieu qui reste dieu mais qui est également pleinement humain en Jésus, lui seul, peut prétendre nous conduire au salut.

Je sais que les protestants n’aiment pas qu’on leur rappelle que Marie était vierge à la naissance de Jésus. Mais, c’est simplement utiliser d’autres mots pour dire que Jésus est totalement dieu et c’est un fondement de notre foi. Ce sont les dogmes bien tardifs de la virginité permanente de Marie, le semper virgo, et celui de son immaculée conception, qui nous font sourire. Le premier parce qu’il y a des mentions explicites des frères de Jésus dans les évangiles qui montrent que Marie n’est pas restée vierge. Le second parce que, à vouloir trop prouver, on contredit le dogme (j’utilise le vocabulaire catholique romain) que l’on veut renforcer. Ainsi, en sortant Marie de sa nature totalement humaine, puisque sa mère l’aurait conçue de façon qui l’aurait soustraite à la malédiction de la chute résultant du péché originel, on prive Jésus de la moitié de ses attributs essentiels ; il n’est pas pleinement homme mais un peu plus Dieu qu’homme et son sacrifice pour nous ne peut pas être parfait. Je dirais que notre salut devient incertain, que Dieu n’est pas pleinement avec nous.

Emmanuel, c’est Dieu avec nous

Dieu avec nous, Emmanuel, cela se comprend différemment selon que l’on se place dans la logique de l’Ancien ou du Nouveau testament. Dans la prophétie d’Esaïe, l’heure est pour Juda au conflit avec ses voisins, la Syrie et Israël. L’attente du peuple c’est la protection contre les ennemis et la victoire – que le prophète n’annonce d’ailleurs pas à Achaz, bien au contraire. La demande du peuple s’adresse à l’Eternel des armées, ce Dieu belliqueux et fort qui sort son peuple des situations les plus compromises. C’est de façon caricaturale une sorte de mascotte, un étendard ou un porte-bonheur pour les Hébreux. Mais c’est aussi ce Dieu qui ne transige pas avec la fidélité dans le service qui doit lui être rendu, qui a donné la loi et s’attend à ce qu’elle soit respectée. C’est le Dieu jaloux qui nous fait peur et que nul ne peut voir ; seuls Abraham ou Moïse ont pu s’adresser à lui et négocier pour apaiser sa colère.

Dans le nouveau testament, l’image de Dieu change totalement. Jésus, c’est l’incarnation de Dieu, un Dieu qui est, non seulement avec nous par le soutien qu’il apporte à nos armées, mais un Dieu qui est réellement parmi nous, venu sur terre pour vivre avec nous, comme un homme. Emmanuel, Dieu avec nous, c’est une démarche inédite, caractéristique du christianisme. Dans la mythologie antique les dieux peuvent descendre sur terre pour se distraire, en séduisant une humaine par exemple et donner naissance à des demi dieux ou des héros ; mais l’écart entre hommes et dieux est infranchissable et pour les humains, le nier, c’est sombrer dans l’orgueil, ce hubris qui met les dieux en colère.

Avec Jésus, c’est Dieu qui nous trouve et non plus nous qui devons le chercher. Mieux encore, Jésus, c’est Dieu incarné venu sur terre non seulement pour vivre en homme parmi les hommes mais aussi pour couvrir nos péchés, les masquer devant la face de Dieu et ainsi nous rendre justes devant lui. Un Dieu avec nous, comme nous et pour nous. En conséquence, les seuls sacrifices que nous pouvons faire sont de reconnaissance et d’action de grâces et non pas de recherche de protection ou d’exaucement pour gagner le paradis.

Pouvons-nous conclure que Jésus et Emmanuel, le Sauveur et Dieu avec nous, sont les deux visages d’une même personne ? Oui, mais en c e dernier dimanche de l’Avent, je vous propose de compléter avec Pierre notre vision de ce Jésus que nous attendons.

Pour nous aussi, il est vraiment le Christ, le fils du Dieu vivant :

Dans le catéchisme de Heidelberg le chapitre consacré à « Dieu le Fils » est le plus important ; il compte 24 questions quand le total des 19 chapitres s’élève à 129 questions. Il nous y est rappelé que Jésus est le seul sauveur et qu’il a été conçu du saint esprit et est né de la vierge Marie. Deux autres caractéristiques, sur lesquelles je voudrais conclure, sont développées : il est fils unique et oint de Dieu et ainsi nous devons lui être soumis pour qu’il soit le Seigneur de nos vies.

Jésus, Fils unique de Dieu

Dieu a un fils unique Jésus qui est le seul à pouvoir parler à son Père en notre faveur. Mais Jésus, pleinement homme car né de Marie, est notre frère en humanité. C’est grâce à sa venue sur la terre, comme Dieu incarné, que nous pouvons nous aussi appeler Dieu notre Père, par transitivité, si j’ose dire. Quelle joie ! quel cadeau de nous savoir si proche du dieu créateur !

Jésus le Christ

Jésus Sauveur est aussi Jésus le Christ, c’est-à-dire le Messie, l’oint de Dieu, le choisi et mis à part. Cette référence à l’onction c’est un signe qui nous renvoie à l’ancien testament où les prophètes procédaient à l’onction des rois. Cette mention nous rappelle que Jésus l’Oint, Jésus le Christ, est venu accomplir ce qu’annonçaient les prophètes : il est le Messie.

Mais après Pâques et la Pentecôte, nous savons que Jésus Christ n’est pas seulement venu pour fermer le chapitre de l’ancien testament mais pour ouvrir un chemin qui conduit à un monde meilleur où l’amour est le fondement des relations et où, par le Saint Esprit, il nous donne la force d’avancer. Soyons rassurés : Paul nous confirme que Jésus est aussi le frère des païens qui le reconnaissent comme Fils de Dieu et sauveur.

Si le nom de Jésus évoque sa mission de Sauveur, si celui d’Emmanuel nous assure de la présence de Dieu à nos côtés, acceptons la mission d’amour de ses disciples et portons haut le nom de chrétiens.

Amen

Frédéric, le 22 décembre 2019.

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