Les Musiciens de Brême

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Sep, 2019

Les Musiciens de Brême est un conte de Jacob et Wilhelm Grimm. Il figure dans Contes de l’enfance et du foyer dans la deuxième édition de 1819.

Un meunier possédait un âne qui, durant de longues années, avait inlassablement porté des sacs au moulin. Ses forces commençaient à décliner. Il ne pouvait presque plus travailler. Son maître songea à s’en débarrasser. L’âne se rendit compte qu’un vent défavorable commençait à souffler pour lui et il s’enfuit. Il prit la route de Brême. Il pensait qu’il pourrait y devenir musicien au service de la ville.

Sur son chemin, il rencontra un chien de chasse qui s’était couché là. Il gémissait comme quelqu’un dont la mort est proche.

_ « Alors, pourquoi jappes-tu comme ça ? demanda l’âne.

_ Ah ! dit le chien, parce que je suis vieux, parce que je m’alourdis chaque jour un peu plus, parce que je ne peux plus chasser, mon maître veut me tuer. Je me suis enfui. Mais comment gagner mon pain maintenant ?

_ Sais-tu, dit l’âne, je vais à Brême pour y devenir musicien ; viens avec moi et fais-toi engager dans l’orchestre municipal. Je jouerai du luth et toi de la timbale. »

Le chien accepta avec joie et ils partirent ensemble. Bientôt, ils virent un chat sur la route, qui était triste… comme trois jours de pluie.

_ » Eh bien ! Qu’est-ce qui va de travers ? demanda l’âne.

_ Comment être joyeux quand il y va de sa vie ? répondit le chat. Parce que je deviens vieux, que mes dents s’usent et que je me tiens plus souvent à rêver derrière le poêle qu’à courir après les souris, ma maîtresse a voulu me noyer. J’ai bien réussi à me sauver, mais je ne sais que faire. Où aller ?

_ Viens à Brême avec nous. Tu connais la musique, tu deviendras musicien. »

Le chat accepta et les accompagna.

Les trois fugitifs arrivèrent à une ferme. Le coq de la maison était perché en haut du portail et criait de toutes ses forces.

_ « Tu cries à nous casser les oreilles, dit l’âne. Que t’arrive-t-il donc ?

_ J’annonce le beau temps, répondit le coq. Mais, comme pour demain dimanche il doit venir des invités, la fermière a été sans pitié. Elle a dit à la cuisinière qu’elle voulait me manger demain et c’est ce soir qu’on doit me couper le cou. Alors, je crie à plein gosier pendant que je peux encore le faire.

_ Eh ! quoi, dit l’âne, viens donc avec nous. Nous allons à Brême ; Tu as une bonne voix et si nous faisons de la musique ensemble, ce sera magnifique.

Le coq accepta ce conseil et tous quatre se remirent en chemin

« Alors, je crie à plein gosier pendant que je peux encore le faire »

Mais il ne leur était pas possible d’atteindre la ville de Brême en une seule journée. Le soir, ils arrivèrent près d’une forêt où ils se décidèrent à passer la nuit. L’âne et le chien se couchèrent au pied d’un gros arbre, le chat et le coq s’installèrent dans les branches. Le coq monta jusqu’à la cime. Il pensait s’y trouver en sécurité. Avant de s’endormir, il jeta un coup d’œil aux quatre coins de l’horizon. Il vit briller une petite lumière dans le lointain. Il appela ses compagnons et leur dit qu’il devait se trouver quelque maison par là, on y voyait de la lumière. L’âne dit :

« – Allons-y ; nous serons mieux qu’ici. »

Ils se mirent donc en route en direction de la lumière et la virent grandir au fur et à mesure qu’ils avançaient. Finalement, ils arrivèrent devant une maison bien éclairée. C’était le repaire d’une bande de voleurs. L’âne, qui était le plus grand, s’approcha de la fenêtre et regarda à l’intérieur.

« _ Que vois-tu ? demanda le coq.

_ Ce que je vois ? répondit l’âne : une table servie avec mets et boissons en abondance. Des voleurs y sont assis et sont en train de se régaler.

_ Voilà ce qu’il nous faut, repartit le coq.

_ Eh ! oui, dit l’âne, si seulement nous pouvions en profiter ! »

Les quatre compagnons se concentrèrent : comment chasser les voleurs. Ils trouvèrent un moyen : l’âne appuierait ses pattes de devant sur le bord de la fenêtre, le chien sauterait sur son dos et le chat par-dessus. Le coq se percherait sur la tête du chat. Quand ils se furent prêts, au signal donné, ils commencèrent leur musique. L’âne se mit à braire, le chien aboya, le chat miaula et le coq chanta à tue-tête. Puis, ils bondirent par la fenêtre en faisant trembler les vitres. À ce concert inhabituel, les voleurs sursautèrent. Ils crurent qu’un fantôme entrait dans la pièce et, pris de panique, ils s’enfuirent dans la forêt.

Les quatre compagnons se mirent à table, se servirent et mangèrent comme s’ils allaient connaître un mois de famine. Quand les quatre musiciens eurent terminé, ils éteignirent la lumière et chacun choisit un endroit confortable pour dormir. L’âne se coucha sur le fumier, le chien derrière la porte, le chat près du poêle et le coq se percha au poulailler. Et comme ils étaient fatigués de leur long trajet, ils s’endormirent aussitôt.

Quand minuit fut passé, les voleurs virent de loin que la lumière était éteinte dans la maison et que tout y paraissait tranquille. Leur capitaine dit :

« _ Nous n’aurions pas dû nous laisser mettre à la porte comme ça.  »

Il ordonna à l’un de ses hommes d’aller inspecter la maison.

L’éclaireur vit que tout était silencieux ; il entra à la cuisine. Les yeux du chat brillaient dans le noir. L’homme les prenant pour des braises, s’approcha et craqua une allumette. Surpris, le chat lui sauta au visage toutes griffes dehors. L’homme, saisi de terreur, se sauva par la porte de derrière. Le chien, qui était allongé là, bondit et lui mordit les jambes. Et quand le voleur se mit à courir à travers la cour, passant par-dessus le tas de fumier, l’âne lui expédia un magistral coup de sabot. Le coq, alerté par ce vacarme, cria du haut de son perchoir :- Cocoricoooooooooooo !

« Le chien, qui était allongé là, bondit et lui mordit les jambes »

Le voleur s’enfuit aussi vite qu’il le pouvait vers ses camarades, et dit au capitaine :

« _ Il y a dans la maison une affreuse sorcière qui m’a griffé le visage de ses longs doigts crochus. Puis, devant la porte, un homme avec un couteau m’a blessé la jambe. Ensuite, dans la cour, un monstre m’a frappé avec une massue. Et sur le toit, il y a un juge de paix qui hurle : « Qu’on m’amène le coquin ! » Malgré tout ça, j’ai pu m’enfuir.

Pris de panique, les voleurs n’osèrent plus jamais retourner dans leur maison.

Quant aux quatre musiciens de Brême, ils se plurent tellement dans la maison qu’ils s’y installèrent pour toujours.