La forêt de ronces

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Mar, 2020

Chantal de Marolles est née en 1939 à Lyon. Après des études de russe aux Langues orientales, elle choisit d’écrire des contes pour enfants. Dans chacun de ses contes, à la fois classiques et contemporains, son écriture, très rythmée, livre un message qui aide à grandir et à se construire.

Il était une fois un pays entouré par une énorme forêt de ronces. Il faisait si sombre dans ce pays-là qu’on n’y voyait presque rien. Les paysans ne savaient jamais s’ils devaient se lever ou se coucher, se laver ou déjeuner.

Aussi le roi avait installé une grosse cloche de bronze et il faisait sonner un coup quand il se réveillait, deux coups quand il se mettait au lit, pour que tout le monde fasse comme lui. Mais les paysans n’étaient pas contents.

Ils disaient : c’est bien joli de se lever, mais on ne peut pas bien travailler. On ne retrouve pas nos charrues, on perd nos moutons, et on ne fait que se cogner toute la journée.

Et les paysannes disaient : c’est bien joli de se lever, mais on ne peut ni coudre ni broder et on ne fait que se piquer toute la journée.

Alors, ils prennent tous leurs lanternes et ils s’en vont trouver le roi pour lui réclamer de la lumière.

Le roi dit : c’est bon, je vais demander à mon grand ministre. C’est un homme intelligent et sérieux, il saura ce qu’il faut faire.

Le grand ministre dit : ils veulent de la lumière ? Qu’ils fabriquent un grand filet, le plus grand possible !

Aussitôt, les paysans se mettent au travail et quand le filet est prêt, le ministre leur dit : Montez-moi ce filet en haut de la montagne et dès que le soleil paraîtra, attrapez-le et ramenez-le moi.

Les paysans se mettent en route. Ils traversent le ruisseau et la forêt de ronces, ils commencent à grimper sans s’arrêter et ils arrivent au sommet de la montagne juste comme le soleil se lève. Ils se dépêchent de tendre le filet sur son chemin. Mais le soleil brûle le filet sans même s’arrêter et il s’en va par le trou. Les paysans sont très mécontents.

Ils disent au ministre : ton idée était mauvaise. Trouve autre chose !
Le ministre s’écrie : c’est vous qui êtes maladroits. Décidément, je ne peux compter que sur ma bonne armée. Venez, mes archers, avec vos arcs et vos flèches de fer ! Vous allez me percer ce soleil pour que sa lumière s’échappe et qu’elle vienne nous éclairer. Allez, en place !

Les archers se rangent bien serrés. Ils tendent leurs arcs vers le ciel et tous ensemble, ils lancent leurs flèches. Mais les flèches fondent sous la chaleur avant même d’atteindre le soleil. Les paysans sont très très mécontents. Ils vont se plaindre au roi.
Le roi est bien ennuyé : Je vous ai prêté mon grand ministre, l’homme le plus savant du royaume, je ne peux plus rien pour vous.

« Le roi dit : c’est bon, je vais demander à mon grand ministre. C’est un homme intelligent et sérieux. »

Alors, un petit serviteur du roi s’avance et il dit : Je crois que la lumière, on ne peut pas l’emprisonner dans un filet ni la tuer avec des flèches. Ce qu’il faut, c’est arracher la forêt de ronces.
Les paysans, le ministre et le roi se mettent tous à rire : ça n’a aucun rapport, cet enfant est fou.

Mais ils l’aident quand même et toute la journée, ils brûlent, ils coupent et ils arrachent la forêt de ronces. Et puis, bien fatigués, ils vont se coucher. Et voilà que le lendemain, les rayons du soleil entrent par les fenêtres, par-dessus les portes, par les fentes des volets et par tous les trous du toit.
Les paysans sont émerveillés : leurs femmes sont plus belles, leurs maisons sont plus gaies, leurs enfants plus charmants et eux, tout à fait contents. Le petit serviteur dit : vous voyez, il fallait à la lumière juste un peu de place pour passer.

Depuis ce jour, les paysans savent toujours quand il faut se lever ou se coucher, se laver ou déjeuner. Et le roi est si content qu’il fait sonner la cloche à chaque heure de la journée, rien que pour le plaisir de l’entendre sonner.