Quand Jésus met la barre très (trop ?) haut…
24 février 2019

Quand Jésus met la barre très (trop ?) haut…

Prédicateur:
Passage: Luc 6:27-38
Type De Service:

Amis, frères et sœurs,

Avec ce texte de l’Evangile de Luc, nous sommes au cœur de la prédication chrétienne. Et s’il y a bien un texte de l’Evangile qui dérange, c’est bien celui-ci ! Tout de suite nous sommes pris à parti dès le verset 27 :

« Mais je vous dis à vous qui m’écoutez »….

Evidemment, nous pensons aux personnes de l’époque de Jésus, et nous nous disons, rassurés : ce n’est pas à nous que Jésus s’adresse mais à celles et ceux qui le suivaient à l’époque, ses disciples.

Et nous serions tentés de croire que Jésus s’adresse à un cercle restreint de privilégiés.

Oui, dans un sens, c’est vrai, mais quand l’Evangile est proclamé en public, plus de 2000 ans après comme c’est le cas aujourd’hui, alors ces paroles dépassent largement le cercle des élus, pour s’adresser davantage à chaque personne qui se met en situation de disciple, vous, moi, aujourd’hui, ici et maintenant.

Les instructions qui suivent sont un résumé on ne peut plus clair sur le fondement de la morale évangélique.

Et je dis ce terme volontairement. Je n’ai pas dit « morale chrétienne, un terme qui me parait galvaudé et même réducteur. La morale chrétienne vise toujours à délimiter, voire à cloisonner, enfermer, à définir ce qui est bien ou mal, ce qu’il faut faire ou ne pas faire au risque d’être transgressée, bafouée et nous le savons que trop bien en ce moment.

Mais j’ai bien dit la morale évangélique, qui, au contraire, ouvre un champ plus large.  Et qui à mon sens, est l’inverse de la morale chrétienne.  La morale évangélique pardonne là où l’on voulait sanctionner, elle ré-intègre, là où l’on pensait exclure, elle augmente, là où l’on suggérait réduire. Elle ressuscite là où la mort fait son œuvre.  La morale évangélique, dans le sens noble du terme, invite à l’abondance.

En tout cas, c’est ce que je comprends aujourd’hui, à partir du texte qui est proposé à notre méditation.

L’Evangile nous propose encore un renversement des codes dans les rapports humains.

Là où nous attendons une logique, selon notre compréhension humaine des choses, l’Evangile nous dit autre chose. Et cette nouveauté nous invite à nous regarder personnellement et à regarder les autres, autrement.

 

Dans ce passage de Luc, l’auteur décrit d’abord une situation de réciprocité : aimer ceux qui nous aiment, faire du bien à ceux qui nous font du bien, prêter à ceux qui pourront nous rendre, ce sont là les règles d’une économie qui est en vigueur, et qui fera dire par l’intermédiaire d’un dicton bien populaire…on ne prête qu’aux riches et pour cause, puisqu’on attend d’eux qu’ils puissent rembourser leur dette…

Mais Jésus, dans son discours, va plus loin.

Il propose un chemin des valeurs renversées.

Aimez vos ennemis.

Faites du bien à ceux qui vous haïssent…

Si quelqu’un veut ton manteau, laisse-lui aussi ta chemise,

Bénissez ceux qui vous maudissent…

Priez pour ceux qui vous calomnient…

 

Nous considérons souvent cette page d’Evangile comme trop difficile et trop éloignée de notre vie.  Et nous avons bien raison ! On dirait qu’elle est réservée aux « champions de l'évangile ».

Et qui, parmi nous peut se considérer comme un athlète de Dieu, sans fanfaronner ?

Ne risquons-nous pas d’être pris en flagrant délit face à nos propres comportements ?

 

Nous ne sommes pas la première génération à faire ce constat.

Pour aller plus loin dans notre réflexion, je vous propose, en quelque sorte, « de reconnaître les faits, voire de les accepter » et ce, en trois étapes :

 

1ère acceptation : ce qu’il nous faut accepter en premier, c’est de constater que notre cœur est grand, mais qu’il a des limites. Lors d’un autre culte, il y a plusieurs mois, nous disions que si « nous reconnaissions que nous étions incapables d’aimer comme Dieu le demande, alors nous étions sur le chemin de l’amour que nous recherchions ». Ici, dans ce passage de l’Evangile, c’est la même chose. Notre cœur est grand, mais il a des limites. Notre cœur est sclérosé. Il ne peut pas aimer tout le monde.

Et quand Jésus nous demande d’aimer ceux qui nous font du mal, nous pouvons lui répondre sans hésiter que déjà nous n’arrivons pas toujours à aimer ceux qui nous aiment et qui nous font du bien. Alors que faire avec tous ceux qui nous détestent ? Et qui nous font souffrir par-dessus le marché ?  La solution de facilité est de les détester tout autant sinon plus ! Mais dans ce cas, on ne dépasse pas le dicton : œil pour œil, dent pour dent, finalement.

Chers frères et sœurs, que faire quand de telles paroles d’Evangile traversent notre vie, que penser quand nous découvrons, ô combien, que l’Evangile est si difficile à comprendre, par rapport à la rugosité de nos comportements, par rapport à la dureté de notre cœur ?

 

2ème acceptation : Quand il y a des jours où nous ne pouvons avaler l’Evangile tout rond, c’est de se laisser conduire par d’autres paroles de l’Evangile, qui vont éclairer celles que nous ne comprenons pas ou celles que nous n’acceptons pas, voire, que nous rejetons.

Je vous invite à penser à une attitude de Jésus-Christ au moment de son procès.

Il reçoit une gifle et il ne tend pas l'autre joue, au contraire, Jésus répond au Romain, en lui disant : " Si j'ai mal parlé, dis-moi où est le mal, mais si j'ai bien parlé, pourquoi me gifles-tu ? "

Jésus lui répond sans haine et il amène ce soldat à juger de la propre injustice de son acte. Autrement dit, Jésus donne à cet homme, les moyens de se changer par lui-même. C’est peut-être cela, tendre l’autre joue, ou aimer son ennemi. C’est lui offrir l’occasion de lui faire voir la situation autrement et pour nous, c’est sortir d’une situation impossible.

Devant des paroles aussi difficiles, l'enjeu est de découvrir qu’il y a un amour plus grand que nos sentiments, un amour plus large que notre cœur sclérosé, un amour plus haut qui voit plus loin que le bout de notre nez.

C’est un amour qui nous dit : je connais tes limites, je connais tes infirmités et tes paralysies, mais je suis venu partager ton humanité, je suis venu habiter ta demeure intérieure : ton cœur ".

 

Et voilà la 3ème acceptation, sous forme d’une question :

Qui est Jésus-Christ pour moi ?

 

Il me semble que nous ne pouvons pas faire l’économie de cette étape, de cette question.

Cette question nous renvoie aussi à l’idée que nous avons de Dieu.

Nous avons souvent une conception « païenne » de Dieu, autrement dit, une conception non évangélique de Dieu. Pour être aimés de Dieu, il nous faut être parfaits. Nous traduisons cette perfection par une attitude sans faille. Ce qui nous emmène inévitablement dans les dédales du perfectionnisme. D’ailleurs, l’autre évangile, celui de Matthieu conclut ces paroles de Jésus, rassemblés dans le sermon sur la montagne, par cette exhortation implacable et culpabilisante : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». (Mt5/48). (Aïe !)

L’Evangéliste Luc tend à sa manière une autre joue. Il propose une autre attitude qu’il traduit par : « soyez plein de bonté comme votre Père est plein de bonté ». (Luc 6/36).

Et cette bonté dont parle Luc, c’est l’amour, agapé. Ce que nos anciennes bibles traduisaient par charité. La charité, ou l’amour agapé, un amour sans condition, c’est l’antidote de notre cœur sclérosé. Cet amour qui surpasse tout ce que nous pouvons imaginer, cet amour premier, source de vie, quand nous nous souvenons que Dieu aime les bons comme les méchants, que Dieu aime celui que je considère comme mon ennemi, autant qu’il m’aime. (Luc 6/35).

Et ces paroles là ne peuvent pas rester à la surface de notre être.

Elles ont leur chemin à faire, un chemin en profondeur, un chemin dans nos profondeurs.

Et le temps du culte nous permet de descendre au plus profond de nous-mêmes, pour découvrir que nous pouvons aimer non plus dans la solitude de notre sentiment humain, mais avec une autre présence en nous, celle de Jésus-Christ, qui aime avec nous, là où humainement, nous ne pouvons pas aimer tout seul.

Cette présence, nous l’appelons la puissance de l'Esprit-Saint en nous.

Vendredi soir, j’étais à la formation des prédicateurs avec ma collègue Agnes von Kirchbach. Elle présentait le culte comme une démarche de baptême. Nous avons tout le culte pour descendre au fond de nous-mêmes, exactement comme le baptisé d’autrefois plongeait dans l’eau tout entier, pour mourir à soi-même et laisser la vie du Christ nous remonter, nous faire renaitre à une vie nouvelle, à faire en nous toutes choses nouvelles, à nous ressusciter. Et chaque culte, c’est ça que nous vivons, en descendant chaque fois plus ou moins profondément dans notre être.

 

En conclusion, pour aujourd’hui, je vous propose de repartir dans votre vie avec cinq points :

Ainsi quand le Christ nous demande d'aimer nos ennemis, il me semble qu'il nous indique d'abord de prendre une direction opposée à notre comportement spontané.

 

1)        Il nous croit, il nous juge, il nous estime capable de ne pas nous venger, ce qui n’empêche pas par ailleurs de réclamer justice ou réparation, (ce qui n’est pas la même chose…)

2)        L'évangile nous invite prendre le temps, à ne pas désirer tout de suite un résultat.

3)        Aimer ses ennemis relève plus d'une obligation de moyens que d'une obligation de résultat. Bien que ce soit écrit dans l’évangile, comme une évidence, aimer ses ennemis, ce n’est ni lumineux, ni facile, mais cela nous conduit à nous interroger sur les moyens que nous utilisons pour y arriver. Au fond, il nous est proposé d’essayer.

4)        Essayer, cela veut dire que nous préparons notre cœur à regarder l’autre autrement. Faire de la place à notre générosité intérieure, à notre bienveillance intérieure. Ce n’est pas du tout faire semblant, ni comme si. Il faut juste y penser, essayer.  Et si ce n’est pas possible, alors, ça ne fait rien, on recommencera un peu plus tard. Le jeune homme riche lui non plus n’a pas pu suivre Jésus quand cela lui a été demandé….

5)        L’essentiel me semble-t-il, c’est que ces paroles impossibles qui font la trame de l'Évangile feront aussi leur chemin non seulement dans notre intellect, mais aussi dans notre cœur.

C’est de cette façon que nous laisserons le Christ évangéliser nos propres profondeurs.

Amen

Agnès Adeline-Schaeffer, le 24 février 2019.

 

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